Geoffroy Drouin, compositeur à l'honneur...

Compositeur français né en 1970, Geoffroy Drouin suit dans sa formation un parcours classique : études au Cnsm de Paris, où il travaille avec Gérard Grisey, Marco Stroppa et Marc-André Dalbavie ; puis s'enchaînent un passage à Royaumont où il bénéficie du soutient de Brian Ferneyhough et de Jonathan Harvey, avant d'intégrer le cursus de composition et d'informatique de l'Ircam en 2002. Il noue là-bas des amitiés musicales multiples, et se voit proposer une collaboration avec l'Institut en tant que compositeur en recherche sur un projet d'aide à l'orchestration. Le centre Pompidou lui consacre par ailleurs un atelier-répertoire pour sa pièce Crispy Grain, réalisée pendant son cursus à l’Ircam. Enfin, parallèlement à son activité de compositeur, il engage un travail de recherche et de réflexion sur l'écriture, dans le cadre d'un doctorat au sein de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales. C'est l'occasion pour lui de confronter ses problématiques musicales avec celles de ses contemporains issus d'autres horizons d'activités (science, philosophie), partageant avec eux la conviction d'une actualité contemporaine de la pensée. Il participent ainsi à de nombreux colloques, et prend en 2008 la coresponsabilité d'un nouveau cycle de séminaires de composition dans le cadre des samedis d'Entre-temps à l'Ircam. Ses œuvres sont jouées en France comme à l'étranger, et font l'objet de nombreuses commandes (État, festival, radio, etc.)

La musique de Geoffroy Drouin, foisonnante et riche dans sa facture, s'amorce toujours dans la confrontation de l’hétérogène. Cette rencontre de la différence dans le matériau musical est pour lui l'occasion de déployer ses stratégies d'écriture qui permettront in fine d'organiser et de révéler musicalement les différentes tensions que suscite une telle confrontation, tout en leur assurant une cohérence globale ; bref, dans ce conflit vertueux et délibéré de singularités, c’est de faire sonner la partition dont il est question. Sa complexité revendiquée est ainsi à comprendre non pas comme un bariolage de signes musicaux à donner la migraine à plus d'un, mais bien plutôt comme le résultat de l'émergence d'une surface musicale irréductible, témoignant du rapport fructueux de cette confrontation initiale. Cette émergence, Geoffroy Drouin aime à la considérer comme la figure d'une trace, laissée à la surface de la partition. Perçue au premier plan par l’auditeur, elle est néanmoins marquée par l'empreinte d’opérations sous-jacentes et souterraines, qui, pour le coup, échappent apparemment à l'écoute, mais dont la présence témoigne de l'histoire de l' œuvre et de sa consistance.

Se définissant musicalement volontiers comme épicurien, cette spéculation dans l'écriture est toujours portée par une soif de sonore, qu'il consomme volontiers avec boulimie. Sensible autant aux manipulations raffinées et sophistiquées de timbres, qu’à une écriture gestuelle dense et engagée, la musique de Geoffroy Drouin se joue des techniques exclusives propres aux différents courants esthétiques. Pourtant très loin d’une attitude postmoderne, il fuit les emprunts et les collages avec véhémence, c’est plutôt l’occasion pour lui de s’adonner à une forme d’élasticité dans l’écriture, qui lui garantit vitalité et souplesse. On l’aura donc compris, c’est bien plus la contradiction que les positions fermées qui stimule son travail. C'est essentiellement dans cette résistance que sa musique y trouve ce souffle singulier.

Ritenuto, pour 8 instruments. Commande de la Fondation Boucourechliev pour Court-Circuit, création les 14 et 18 mai 2009 à Paris et Madrid Transatlantiques - Geoffroy Drouin, saison 1.

Si cette nouvelle œuvre, à travers sa vitalité, semble garder les traits caractéristiques de sa musique, elle s’oriente vers une certaine épure, dont on peut déceler la présence dans le récent travail du compositeur. L’écriture y est plus aérée, laissant plus de temps et d’espace à l’écoute du phénomène sonore, les combinaisons subtiles de timbres ayant d’avantage l’opportunité de se poser et de s’affirmer dans leur singularité. Si la densité de l’écriture est toujours localement présente, c’est intégrée à des textures qui jouent efficacement de la profusion. Dans ce parcours, c’est la facture de la musique qui semble y gagner en clarté et définition, sans sacrifier à sa spontanéité gestuelle initiale.


2007-2011 - Gilles Pouessel