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«MIMI», le cas Puccini torréfié avec amour

Adaptation libre et réjouissante de «la Bohème», où l’opéra cède le pas à une palette contemporaine et rock-pop.

 

C’est à Paris, mais ne commencez pas à râler. Mimi, scènes de la vie de Bohème, librement inspiré de Puccini, partira en tournée dès janvier, de la Croatie à Aix-en-Provence en passant par Arras et Tarbes.

On y voit une grande fille blonde (Caroline Rose, ex-The Voice) qui éructe un peu comme Nina Hagen puis Björk, un garçon en slip et perruque (Christophe Gay) qui porte un tee-shirt avec la photo de Manuel Valls, Zahia et Fleur Pellerin à la Fiac, deux sopranos (Pauline Courtin et Judith Fa) et deux barytons dont un basse. Il y a des matelas par terre, des écrans vintage qui diffusent des captations de la Bohème assez anciennes. Un petit chien veilleuse qui s’éteint assez vite. Des arbres entiers, un papier peint alpin et, au fond de la scène, l’orchestre derrière une immense image de broderie.

 

Energie.

Frédéric Verrières (musique), Bastien Gallet (livret) et Guillaume Vincent (mise en scène) donnent avec ce réjouissant Mimi une lecture spectrale de l’opéra de Puccini, tantôt reconnaissable (on entend la voix de la Callas mise en boucle, diffractée, sortant d’un ordinateur comme d’un jouet cassé) tantôt noyée, oubliée, remplacée par du disco ou du Kurt Weill (voire un lambeau de Tosca«Vissi d’arte»). On ne peut pas dire que ce soit une version de la Bohème. C’est autre chose, l’appropriation, comme on dit en art contemporain, d’un matériau galvaudé.

Le résultat est à la fois du côté de la nostalgie et de l’absolue énergie. La nostalgie, parce que c’est le propre de l’opéra (le chant de la Castafiore est toujours plus ou moins celui d’une figure maternelle disparue) et chez Puccini en particulier où, comme l’explique une amusante digression en fin de spectacle, on est réduit à l’ombre décorative d’un genre musical mort. L’effet cathédrale engloutie triomphe dans la scène où Mimi (Camélia Jordana, ex-Nouvelle Star) perd sa clé et que Rodolphe (Christian Helmer) la lui cache.

Les chanteurs-acteurs disent-chantent leur texte par fragments, tantôt dans le registre opératique, tantôt dans celui du fredonnement domestique, en surimpression d’un enregistrement de la Bohème. François Verrières, dont la musique utilise toute la palette savante contemporaine et rock-pop, décrit on ne peut plus adéquatement son travail : «J’écris de la musique comme un photographe règle sa focale […]. Je cadre serré ou large, je respecte la perspective des différents plans ou bien je les inverse.» Cette duplicité focale qui atteint le récit et les personnages (il y a deux Mimi en scène) est aussi le gage d’une énergie débordante.

Par Eric Loret
21 novembre 2014

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